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Formule 1

Retour sur le 29 novembre 2020

Si ce dimanche 29 novembre 2020 est sans doute un jour comme les autres pour le commun des mortels, chaque spectateur de Formule 1 s’en souvient comme l’un de ces jours que l’on aime pas vivre.

Aujourd’hui, je vous propose de revenir un temps sur un évènement qui nous a fait passer un temps interminable devant notre télé. Tout l’enthousiasme d’une course de F1 s’envolait en quelques secondes.

Plantons le décor

La grille de départ ressemblait à ça :

Les occupants des trois premières places étaient assez habituels au final…
On avait quand même droit à une belle performance d’Alex Albon qui complétait la deuxième ligne. Sergio Pérez, encore pilote Racing Point, confirmait la bonne tendance de l’équipe de Papa Stroll, qui a mis la moitié de la saison à comprendre sa Mercedes repeinte en rose.

Il est 15h10 en France. Le tour de formation est lancé.
Après un départ un peu compliqué de Valtteri Bottas, il se retrouve en sixième place et pris en sandwich. Lando Norris subit un dommage sur son aileron avant, il traîne par terre du côté gauche. Kimi Räikkönen sort large à la sortie du virage 2 mais revient sur la piste sans encombre.

Puis, 15h15 arrive.

La frayeur

A 15h15, une image glaçante est diffusée sur les écrans du monde entier, quelque chose que l’on n’avait pas vu depuis tant d’années. Un pilote s’accroche avec l’Alpha Tauri de Daniil Kvyat, termine sa course dans un rail lancé à plus de 240km/h. En effet, on est en sortie de virage.
J’entends encore la terreur dans la voix de Julien Fébreau raisonner dans ma tête quand j’y repense.

Ce pilote, c’est Romain Grosjean.

En toute logique, la réalisation change assez rapidement l’angle de la caméra pour que l’on n’ait pas à subir un accident d’une telle violence, ce qui est un point réellement positif. D’autant plus qu’à ce moment là, tout le monde que le pire vient de se produire devant nos yeux.

La course est immédiatement neutralisée par un drapeau rouge, tous les pilotes sont rappelés dans la voie des stands. Le temps s’est arrêté. Quelques secondes plus tard, les pilotes sont en dehors de leur voiture, sont vers leurs ingénieurs, discutent dans une ambiance au ressenti extrêmement pesant.

Nous n’avons toujours pas d’images rassurantes. L’impression d’avoir perdu un pilote s’accentue.

Il est environ 15h20 quand la plus belle image jamais diffusée au cours d’un GP apparaît.
Romain Grosjean est là, vivant, un peu choqué mais il est là. Assis dans la voiture médicale, accompagné des médecins de la FIA. Pour autant, la tension reste présente, c’est logique après un tel évènement.

Alors que les ouvriers s’affairent sur le rail de sécurité grandement endommagé par cet accident, on commence à nous montrer des images un peu plus détaillées de ce qu’il s’est passé. Encore une fois, un grand merci à la réalisation, qui attend de voir un pilote sur ses deux jambes et conscient avant de montrer un accident d’une telle gravité.

Romain a donc percuté la roue avant gauche de Kvyat, ce qui lui a fait perdre le contrôle de sa monoplace qui est partie s’encastrer dans le rail. La voiture s’est coupée en deux, et bien que cela ait été vu comme étant une grosse faille de la Haas, il s’agit en réalité d’une mesure de sécurité. Il est plus prudent de dégager toute l’énergie d’un crash dans un morceau de voiture qui s’arrache, plutôt que faire subir toute cette énergie soudaine à la cellule de survie, dans laquelle est bien entendu installé le pilote.

Le feu s’est déclaré à la suite de la dislocation de la batterie, élément faisant partie du système de récupération d’énergie, en plus de la rupture des éléments de sécurité du réservoir de carburant.

Après cette rediffusion du départ, on a droit à une séquence vidéo digne des plus grands films de science fiction. Romain Grosjean sort du feu tel un héros. Ne me demandez pas pourquoi, mais la première chose que j’ai vu, c’est sa chaussure gauche manquante. Parfois le cerveau s’attarde sur des détails…

Quand ces images sont diffusées sur les écrans de télévision et par extension sur les écrans présents dans les garages (les ingénieurs et mécaniciens ont plusieurs flux de diffusion, dont le flux en direct que l’on voit aussi), une vague d’applaudissements se fait entendre. Les pilotes sont sous le choc, on aperçoit Lewis Hamilton de dos, abasourdi par ce qu’il est en train de voir. Daniel Ricciardo ira même jusqu’à critiquer vivement le comportement de la réalisation. La course a été interrompue pendant environ deux heures, et on a vu ces images diffusées en boucle. Je partage cet avis. Arrêtons de faire de ce sport un spectacle. Oui, c’est beau quand un pilote se bat pour remporter les courses, mais ces images n’ont rien de particulièrement beau. Si les images de Romain sortant du feu avaient été privilégiées à la vidéo de l’accident sous tous les angles, on aurait peut-être réagi autrement.

Enfin, bref, fin de l’interlude. Romain Grosjean est filmé un peu au loin, sorti du véhicule médical, faisant un geste de la main avec son légendaire sourire, comme s’il venait juste de se couper un ongle un peu trop court.
Nous sommes en partie rassurés de le voir dans cet état, mais un doute subsiste. Il faudra attendre plusieurs heures et plusieurs examens pour savoir s’il est réellement en bonne santé. Ce que l’on sait pour le moment, c’est qu’il est brûlé aux mains et qu’il a potentiellement quelques fractures.

Une course au goût amer s’apprête à reprendre. Les pilotes remontent dans leur voitures respectives, on sent que la plupart y vont à reculons et ne veulent pas reprendre cette course. Mais ils y vont tout de même, sûrement avec l’image rassurante de Romain en forme.

Chaque minute de cette course était très longue, et un “banal” accident comme celui que Lance Stroll a subi après le deuxième départ, avec la voiture retournée, avait une toute autre saveur. Je ne dis pas que voir une voiture retournée a une saveur agréable, mais je me souviens avoir hésité à éteindre ma télé à ce moment précis. Je pense que personne n’a apprécié cette course, à juste titre.

Les séquelles de cet accident, désolé pour cette photo pas très agréable à regarder. Source : Compte Instagram de Romain Grosjean
Les séquelles de cet accident, désolé pour cette photo pas très agréable à regarder. Source : Compte Instagram de Romain Grosjean

Les leçons

Première leçon, la plus importante. L’introduction du halo, tant décrié même par les pilotes et surtout par Romain Grosjean, a probablement été la meilleure invention jamais créée pour la sécurité, avec le HANS (dispositif évitant le coup du lapin, qui retient la tête du pilote en cas de choc). Certes, ça n’est pas très beau, on a toujours l’impression que ça a été rajouté à l’arrache, mais en quelques secondes il est passé de zéro à héros.

Deuxième leçon : La Formule 1 est un sport, dans la tête de beaucoup de spectateurs il s’agit d’un divertissement au même titre qu’un match de foot. La différence, c’est que l’on a des humains lancés à 350km/h avec 100kg de matière inflammable dans leur dos.
Heureusement, l’évolution de la sécurité constante a grandement contribué à l’impression de vivre un divertissement, mais j’aime autant vous dire que le retour sur terre a été extrêmement violent.

Troisième leçon : arrêtons de critiquer et détester les pilotes. Je l’avoue, c’est mal, mais j’avais tendance à me moquer de Romain Grosjean pour les erreurs qu’il a pu faire avant cet accident qui aurait pu être fatal. Honnêtement, quand j’ai vu ça, ce 29 novembre à 15h15, tout ça s’est instantanément transformé en regrets. Quand je vois certains spectateurs rire de ce crash avant même de savoir si le pilote va bien, je trouve ça aberrant. On peut plus ou moins apprécier un pilote, là n’est pas la question. Mais si demain Nikita Mazepin (je prends Mazepin pour l’exemple car c’est actuellement le pilote le plus moqué du plateau) subit la même chose, on se retrouvera tous cons devant nos télés à se dire “pourquoi je me suis foutu de sa gueule parce qu’il fait des têtes à queue et des erreurs ?”
N’oublions jamais que ces pilotes tiennent des voitures qui, je le rappelle, roulent à plus de 300km/h, se jettent dans les virages, transportent des batteries et des dizaines de kilogrammes de carburant, et si un seul élément de cette alchimie échoue, c’est la vie du pilote qui est mise en danger.
Je sais que certains spectateurs aiment voir des accidents, du carbone qui vole, et les apprécient encore plus quand le pilote sort indemne. Personnellement, je pense que la F1 est capable (encore plus en 2022) de nous apporter un autre style de spectacle, comme des dépassements en piste par exemple.

Quatrième leçon : Les médias français sont très bruyants. Oui, à chaque fois que l’on a un pilote français en F1, les médias nous rabâchent la même chose, qu’il sera le nouvel Alain Prost, qu’il va gagner des courses, qu’il va tout détruire, prendre tous les records. Tous les pilotes français y passent, et-ce dès leurs débuts. Romain Grosjean n’y a pas échappé. Est-ce que toute cette pression permanente n’est pas la source d’un malaise pour les pilotes français ? Je veux dire, on n’a pas vu de vainqueur français pendant près de 25 ans, est-ce qu’il n’y a pas une raison toute simple à ça ?
Je pense notamment à Théo Pourchaire qui est sous le feu de tous les projecteurs parce qu’il est performant en F2, on le voit du coup déjà en F1 chez Alfa Romeo à la place de Räikkönen l’année prochaine. Il vit sa première saison en F2, laissons le tranquille, laissons le se développer ! Je suis convaincu que ce merdier médiatique est à l’origine des erreurs que pouvait faire Romain, à toujours surpiloter pour répondre inconsciemment aux attentes des journalistes.

Un héros, un phénix, un surhomme, appelez-le comme vous voulez

Cinquième leçon : Romain Grosjean est un peu un surhomme, un super héros auquel même Marvel ou DC Comics n’auraient pas pensé.
Certes, il a fait des erreurs par le passé, je lui en voulais un peu pour Spa 2012, où Fernando Alonso a peut-être perdu ce jour les points qui l’auraient mené à un troisième titre de champion du monde, mais après tout, que sont quelques points perdus par rapport à une vie perdue ?

Si vous voulez plus d’informations sur cet évènement, sachez que la FIA a publié les résultats de son enquête ici.

 

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